Qu’est-ce que l’intérêt général?
Ce qui fonde la morale et le droit n’a pas encore trouvé sa traduction en termes de programme et de propositions lors des consultations électorales majeures des pays démocratiques. Pourtant, les droits humains y sont fréquemment évoqués. Mais ils restent prisonniers d’un paradoxe : ils se pensent d’abord nation par nation, ou bien encore dans cet ensemble de nations qui constitue l’Union Européenne. Mais ces droits, pour être véritablement humains, doivent être compris dans leur universalité. Sinon, ce ne sont que des droits nationaux, ou des droits qui ne concernent qu’un ensemble particulier de nations : ce sont des droits pour les Français, ou pour les Européens, ou pour les gens qui vivent dans les pays démocratiques. Mais ce ne sont pas les droits humains, qui sont définis par l’appartenance, non pas à telle ou telle nation, ni même à tel ensemble démocratique, mais à l’Humanité toute entière. Les droits humains sont universels, ou ils ne sont pas.
Si donc les citoyens d’une nation ou d’un ensemble de nations entendent respecter ces droits humains, ils doivent repenser ce qu’est l’intérêt général : pour partie, l’intérêt général continue de se définir dans et par le cadre national – ou dans et par l’Union - , et pour partie, il est conduit à se penser lui-même au-delà de ses propres frontières, de par les exigences de l’universalité. Les droits humains transforment ainsi nécessairement l’intérêt général, qui devient l’intérêt universel.
Dès lors, deux cas de figure apparaissent : soit l’intérêt général qui est en fait un intérêt national, se crispe sur lui-même et s’arc-boute sur sa propre puissance – et alors il s’oppose aux droits humains et les contrecarre ; soit l’intérêt général national reconnaît ses propres limites et accepte de se penser aussi en termes d’universalité – et alors il favorise réellement et consolide les droit de chacun, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières.
L’universalité des droits humains ne signifie pas pour autant le dépérissement des nations ; mais elle conduit à une transformation des idées nationales. Elle modifie leur représentation, et, à terme, c’est elle qui protège le mieux les nations des chimères nationalistes et de leurs tendances guerrières