Mourir à Rangoun
En Birmanie, la répression est le dévoilement de l’oppression. Pour autant, la soudaine conscience malheureuse des démocrates du monde n’est pas le dévoilement de leur inconscience ordinaire. Le crime et la compassion risquent fort, une fois de plus, de s’entendre pour fabriquer un spectacle tragique à somme politique nulle. On traite le sang comme un scoop, les bonzes comme des personnages, et finalement tous les manifestants comme des étrangers pathétiques… après tout, ce sont des Birmans !
On pleure, mais la scène reste lointaine et comme exotique. Le safran peine à sortir d’un regard touristique au deuxième degré. On fait la morale à Total, qui fait le gros dos. On fait semblant de croire que l’immense Chine voudra bien faire un geste pour favoriser chez son voisin ces libertés qu’elle interdit chez elle. Et on fait semblant de ne pas comprendre ce que signifie sa très vive préoccupation !
On prend la pose éthique de circonstance, pendant qu’on délègue aux professionnels le soin de nous expliquer une fois de plus le danger qu’il y aurait à prendre notre humanisme au sérieux. Comme d’habitude, comme toujours ou presque, les discours sont disjoints. A force, la représentation du monde est en miettes. Pleurez, bonnes gens, pleurez et continuez de faire semblant de croire que l’ONU va se mettre très en colère et que ça va aller mal pour la méchante junte ! Croyez-le peut-être, mais croyez-le sans nous.
Les régimes dictatoriaux mènent des politiques criminelles structurelles. Nous ne pouvons les combattre qu’au moyen de politiques également structurelles. Les droits humains sont des impératifs de cœur et de raison. Notre indignation du moment, si légitime soit-elle, pourra tomber dès demain dans le monde des leurres, si elle ne se transforme pas en une action politique continue et globale. Tout le reste, c’est d’la com !