L'excision en France

Longtemps la France a tout ignoré de la pratique de l'excision. Ce n'est que vers la fin des années 1970, lorsque le regroupement familial a été facilité et a pris de l'ampleur, que, par l'arrivée en France de nombreuses femmes africaines rejoignant des époux souvent polygames, la question s'est posée.

Hormis quelques spécialistes ou personnes ayant vécu en Afrique, l'excision était une pratique totalement inconnue. Pour le commun des Français, une coutume aussi cruelle, consistant en l'ablation du clitoris et des petites lèvres du sexe féminin au moyen d'une lame de rasoir ou d'un couteau (sans mentionner les variantes plus sévères), était tout simplement inconcevable. C'est en tant qu'avocate féministe que j'ai été saisie de ce problème à la suite de la mort d'un bébé de trois mois, et que j'ai été amenée à plaider plus de trente affaires devant la cour d'assise.

En France, les procès dits d'excision ont suscité des polémiques violentes et engendré des débats posant la question du relativisme culturel, revenu d'ailleurs sur le devant de la scène publique ces derniers temps avec la question du voile islamique. Aux yeux des nombreux détracteurs des procès, français comme africains, ces actions en justice stigmatisaient une population respectueuse de ses coutumes et ignorante de l'interdit légal. Nous entendions fréquemment dire qu'il était scandaleux de juger des mères, elles-mêmes victimes de l'excision et d'une pression communautaire qui leur ôtait toute liberté d'action.

Il était aussi souligné l'absence de volonté de nuire à leur enfant.

Rares sont ceux qui ont mis en avant la défense des petites filles, futures citoyennes françaises et européennes, que la pratique de l'excision allait exclure d'une manière intime, secrète, empreinte de honte, de la société des femmes libres de leurs corps. Malgré leurs réticences, qui se sont exprimées dès les premiers procès au début des années 1980, les militants africaines de Paris admettent aujourd'hui que ces procès ont été sinon déterminants, du moins essentiels, pour laquasi-disparition de l'excision à Paris et en Seine-Saint-Denis.

L'expérience montre que:

- l'excision est dépourvue du caractère rituel et initiatique qui lui est prêté puisqu'elle est pratiquée sur des nourrissons ou des enfants en très bas âge, qui en grandissant ignorent le plus souvent qu'elles ont été mutilées car leurs parents ne leur expliquent rien;

- l'excision procède d'une volonté de marquage des enfants afin de les ancrer dans la société des parents, et cela malgré la connaissance répandue de l'interdit légal. Or les enfants nées et éduquées en Europe ont des aspirations différentes: la tradition des parents n'est pas la leur.

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Ce texte est un extrait de l’article « L’excision en France », lui-même tiré de l’ouvrage « Le Livre noir de la condition des femmes », Dirigé par Christine Ockrent, Editions XO, 2006, p. 195-214.


lun, 06/22/2009 - 09:38

Linda Weil-Curiel