La guerre et la guerre

Le pouvoir politique local de la vallée du Swat a négocié avec les chefs de guerre proches des talibans. Ils ont  trouvé un accord dont l'argument principal est un leurre, puisqu'il propose la poursuite d'un cessez-le-feu en échange de l'établissement de la charia dans la vallée.  

Or ce n'est bien sûr pas la paix que l'on obtient en échange de la mise en place de la charia. Cette dernière déclare en effet la guerre aux femmes qu'elle soumet à l'arbitraire familial et patriarcal, dépouille de tout droit et de toute dignité, dépossède de leur corps, et entrave en toutes choses.

Il ne s'agit ici que de transférer une partie de la violence qui se déploie dans l'espace théoriquement public au sein de la sphère privée. En fait, il est moins question d'un transfert que de l'importation dans la sphère privée de la guerre qui fait rage à l'extérieur.

Dans ce marché auquel sont parvenus les protagonistes politiques de la vallée du Swat, les femmes sont les victimes désignées offertes en sacrifice sur l'autel d'une pseudo-pacification. Elles sont promises à un avenir d'oppression, d'esclavagisme et de souffrance parce qu'elles sont femmes.

Ce que sous-tend ce « non-remède » - qui est pire que le mal qu'il prétend traiter -, c'est que l'on peut bien échanger la vie des femmes contre la vie des combattants et des victimes civiles indiscriminées – c'est-à-dire non seulement féminines mais aussi masculines. Il s'agit pour les représentantes du sexe que l'on affaiblit d'une condamnation à perpétuité, prononcée sur la base de motifs fondamentalement irrecevables, par un tribunal totalement illégitime.

Ce que promet à la Vallée du Swat l'accord intervenant entre autorités politiques locales et combattants islamistes fanatiques, ce n'est pas la charia et la paix, c'est la guerre et la guerre.

Rédigé le 17/02/2009


jeu, 05/14/2009 - 16:40

Droit et soin contre les violences