Critique de l'épopée

L'épopée est hautement critiquable, en ce qu'elle drape les crimes dans de superbes habits rhétoriques. En France, la "légende napoléonienne" poursuit sa course et ses errances dans les esprits. Pourtant c'est la figure de l'ogre qui devrait illustrer le Premier Empire, en accord avec la peinture hallucinée et réaliste de Francisco Goya. Un ogre artilleur, spécialiste de la guerre de mouvement, qui avait mis l'Europe à feu et à sang, et qui levait en masse la jeunesse française pour aller la sacrifier sur des champs de bataille sacralisés pour l'occasion.
Il y a encore, en notre temps, prés de chez nous, des gens qui en pincent pour "l'Empereur", ce chef de guerre et de clan qui s'était illustré par le rétablissement de l'esclavage, et qui avait ainsi défait une des plus importantes réalisations de la Révolution française des commencements, celle qui se fondait sur la Déclaration de 1789.
L'abolition de l'abolition de l'esclavage dévoile la nature véritable du Premier Empire. Les idéaux révolutionnaires fonctionnaient alors comme des discours de couverture pour justifier le sang. On prétend libérer les peuples d'Europe et on assassine le monde, tout en immolant les siens. Au passage, avec la mascarade du sacre, on aura remis en selle le théologico-politique, l'alliance archaïque entre l'exercice du pouvoir et la référence au sacré. Nos livres d'histoire, à commencer par nos livres d'école, ont besoin d'une relecture critique. Quant à croire encore que les forces de la nature, et principalement le soleil, aient pu bénir le carnage d'Austerlitz, c'est faire peu de cas de notre rationalité européenne contemporaine. Et si certains gardent en eux secrètement quelque tendance animiste, ils pourraient penser au contraire que le soleil avait souffert ce jour-là, et qu'il s'était effrayé d'avoir à éclairer tant de sang.

lun, 04/20/2009 - 16:50

Droit et soin contre les violences