Toutes affaires cessantes
Les partisans de la mondialisation dite « libérale » et les altermondialistes commettent la même erreur.
Ils imaginent qu’une vaste organisation économique ou qu’un ensemble diversifié d’organisations socio-économiques pourrait, à terme, dissoudre les questions proprement politiques, celles qui concernent la nature du pouvoir et de son exercice. Les uns et les autres cherchent à éviter de penser la différence radicale qu’il y a entre démocraties - imparfaites – et dictatures. Ces idéalismes contrastés voudraient ensemble nous détourner de cet impératif préalable en forme de souci : faire reculer la conception archaïque et persistante d’un pouvoir fondé sur le sang.
Entre les formes tyranniques et les formes démocratiques de l’exercice du pouvoir, la fracture est indépassable.
Il incombe donc aux démocraties de maintenir une pression politique constante sur les tyrannies, tout en veillant à ne pas avoir recours à la guerre. Cela suppose de continuer à produire de la force, et de mettre cette force au service du droit. Cela suppose de contribuer à produire de la puissance, et d’utiliser cette puissance pour contenir la guerre, qui est inhérente aux formes archaïques du pouvoir. Le droit sans la force, et la diplomatie sans la puissance, sont des sources de déséquilibre qui attisent la tentation tyrannique permanente de la guerre.
Les modernes se moquent volontiers du manichéisme. Ils ont tort. Cela s’inscrit, paradoxalement, dans leur méconnaissance de la modernité. Ils cherchent à éviter de penser le monde en termes d’affrontement, alors que le XXème siècle se sera caractérisé par l’avènement de la guerre totale. Il faut être suffisamment « manichéen » à temps pour ne pas tomber dans le manichéisme tragique de la guerre. Il faut être capable de penser à temps les oppositions fondamentales, de crainte de les méditer trop tard dans les abris.
La démocratie ne peut pas ne pas répondre à une double exigence : pour survivre, elle est condamnée à étendre son territoire ; et pour continuer d’exister en tant que telle, elle doit tout faire pour contenir la guerre. Cela suppose que les pays démocratiques soutiennent – ensemble – les mouvements démocratiques qui travaillent les tyrannies de l’intérieur. Les peuples libres doivent, toutes affaires cessantes encourager et protéger les opposants, les résistants, les manifestants, qui accomplissent ce travail critique au péril de leur vie.
Le liberté se partage ou meurt.
cf[1]Cet article a été publié pour la première fois dans le cadre du premier numéro de la revue papier "Le Quai d'en face", hiver 2006-2007, p. 15-16.
1 Cet article a été publié pour la première fois dans le cadre du premier numéro de la revue papier "Le Quai d'en face", hiver 2006-2007, p. 15-16.