Spécificité de l’accueil des femmes victimes de violences domestiques.
De plus en plus de femmes victimes de violences s’adressent aux centres d’accueil pour demander de l’aide. D’abord, pour échapper aux violences et trouver une certaine sécurité et, ensuite, être reconnues en tant que victimes et faire valoir leurs droits.
Un nombre restreint de centres d’accueil dits spécialisés mettent à disposition de ces femmes un système de séjours et de prises en charge de courte durée (de quelques nuits à trois mois). A la suite de ce premier accueil, les femmes qui décident de ne pas retourner à leur domicile (une femme sur deux est accompagnée d’enfants) vont entamer un long et pénible parcours de recherche d’hébergement : Centre d’Accueil d’urgence, chambre d’hôtel (payée parfois par les services sociaux de secteur), CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion social).
Cette précarité de l’accueil a comme conséquence, contrairement à ce que les femmes cherchaient, de leur faire perdre le peu de stabilité retrouvée lors du premier accueil et qui plus est, d’augmenter le sentiment d’insécurité et d’angoisse par rapport à l’avenir, au point que ces victimes de violences vont regretter le fait d’avoir quitté leur partenaire violent.
La recherche d’un travail, d’une formation et d’un logement est pour les femmes une mission quasiment impossible : d’une part, les offres de travail sont rares, d’autre part les logements sont inexistants, ce qui a comme conséquence un accroissement du manque de confiance en elles, car elles se trouvent dévalorisées, culpabilisées, sans ressources alors qu’elles étaient souvent des femmes au foyer, marquées par de longues années d’une violence subie et non exprimée.
Elles se heurtent à ce l’on peut appeler le «parcours de la combattante », elles sont fragilisées, sans points de repère et propulsées du jour au lendemain dans les circuits de l’assistanat. Peu à peu, l’élément générateur de la demande d’aide d’origine se perd, les femmes deviennent de plus en plus méfiantes, elles se lassent de raconter leur histoire, de justifier leur détresse chaque fois qu’elles arrivent dans un nouvel espace d’accueil, au point qu’elles évitent de parler de leur vie, se réfugiant dans une sorte de mutisme, devenant parfois agressives vis-à-vis du personnel chargé de les encadrer, déstabilisant ainsi les équipes d’intervenants.
Malheureusement, la plupart de ces institutions ne sont pas adaptées pour l’accueil de ce public en état de souffrance. Que ce soit par rapport aux équipements dont elles disposent ou par rapport au manque de formation du personnel chargé de les aider. A cela s’ajoute les règlements de fonctionnement et les projets pédagogiques destinés plus à un public désinséré socialement qu’à des femmes colportant un lourd passé de violences domestiques.
Dans l’état actuel de sous-emploi et de crise du logement, les prises en charge de séjours devraient être beaucoup plus longues.
Durant ces périodes de séjour, un travail psychosocial spécifique, à long terme, s’impose qui prendrait en compte l’histoire personnelle et familiale de chaque femme, la durée de violence subie, le degré de perte d’estime de soi, l’évaluation des capacités de reconstruction et d’autonomie de chacune d’elles.
Pour cela, il faudra des équipes pluridisciplinaires et un travail en réseau.
Si ce travail n’est pas fait, cette population risque de déstabiliser les centres d’accueil au niveau de leurs formes habituelles d’intervention.
La prise en charge risque d’échouer avec l’interruption soudaine du séjour et le retour à la case de départ. cf[1] Efraïn GARCIA, l'auteur, est Cofondateur et ancien responsable du PHARE, et Membre du CIDF de Paris. Cet article a été publié pour la première fois dans le cadre du troisième numéro de la revue papier "Le Quai d'en face", été 2007, p.29-31.
1 Efraïn GARCIA, l'auteur, est Cofondateur et ancien responsable du PHARE, et Membre du CIDF de Paris. Cet article a été publié pour la première fois dans le cadre du troisième numéro de la revue papier "Le Quai d'en face", été 2007, p.29-31.