Les mauvaises habitudes de la France en Afrique

En avril 2005, les élections présidentielles qui se tiennent au Togo laissent espérer la fin de la dictature. Ce qui ressemble à une consultation électorale classique paraît mettre à portée de vote des Togolais un régime respectueux de leurs droits fondamentaux.

Ces élections ne sont malheureusement qu'un leurre. L’association Survie parlera d’ " Avril 2005 – Le choix volé des Togolais " ( cf[1]L’association Survie a coordonné l’ouvrage Avril 2005 – Le choix volé des Togolais, paru en 2005 chez L’Harmattan. Le présent article s’est, pour certaines parties, largement inspirée de ce document, particulièrement bien documenté et éclairant.): un coup d'Etat électoral permet à Faure Essozima Gnassingbé, qui bénéficie de l'aide de la France, de succéder à son père, Gnassingbé Eyadéma, dictateur.

Un an plus tard, lors de la fête du 14 juillet 2006, dans un pays asservi qu'il estime sur la voie de l'apaisement et de la reconstruction, l’Ambassadeur de France au Togo déclare : « Il y a un an, nous constations ensemble, suite aux douloureux événements traversés par le Togo entre février et mai, qu’il était important pour tout le monde de repartir de l’avant après ce délicat moment de vérité » ( cf[2]Discours de l’Ambassadeur de France au Togo, Son Excellence M. Alain Holleville, "Discours du 14 juillet 2006"). On est en peine de trouver quelle vérité aurait marqué le moment "avril 2005". Nous affirmons en effet qu'un destin d'assujettissement dans le sang n’est pas la vérité profonde du peuple togolais. Ce n'est pas inscrit dans les gènes des femmes et des hommes qui le composent qu'ils doivent vivre sous la botte. Une vie dans la peur et la répression n'est pas non plus ce à quoi ces hommes et ces femmes aspirent. Les Togolais n'ont pas voulu la perpétuation de la tyrannie; leurs suffrages ne sont pas allés à Faure Essozima Gnassingbé. Leurs votes leur ont été volés, à leur corps défendant.

L’étrange survenue de l’expression "moment de vérité " dans le discours de l'Ambassadeur ressemble à un lapsus révélateur. "Avril 2005", au Togo, c'est un tragique moment de vérité pour la France. A cette époque, Jacques Chirac, Chef d’Etat démocratiquement élu - choisi par le peuple français comme héraut des valeurs humanistes face au Président du Front National -, soutien un système dictatorial dans ses efforts pour se maintenir. Il l'aide, par le biais de la diplomatie notamment, et affiche un soutien sans faille à celui qui ambitionne de reprendre le sceptre de son père.

Seule la pression des partenaires stratégiques et économiques du Togo aurait pu contribuer à mettre fin au mortel tête à tête entre un système répressif et une population à qui on a ôté tout moyen de résister ; une population que l’on a abandonnée malgré toute l’énergie et tout le courage mis à construire une opposition à la dictature. Le décès de Gnassingbé Eyadéma aurait dû permettre le passage d’une tyrannie à un état de droit démocratique. La France aurait dû, respectant en cela son serment de fidélité à la déclaration des Droits de l’homme, retirer son soutien au clan Eyadéma. Elle aurait dû favoriser la tenue d’élections démocratiques et imposer le respect du verdict des urnes. Elle n’en n’a rien fait. C’est tout le contraire ; elle a œuvré au maintien de la dictature.
 

Théatralisation

Pour garantir au clan Eyadéma la mainmise sur l'appareil d'Etat, la voie choisie est celle des armes. Le recours à la "démocrature" permet de dissimuler cette réalité lamentable, aux yeux du monde sinon à ceux des Togolais. La "démocrature", système dénoncé par le sociologue Yao Assogba, se définit ainsi: « (...) c’est la dictature déguisée en démocratie ; (…) un mélange subtil des deux formes de régime, mais avec une dominance de la première. En fait, sous des pressions intérieures (grèves, manifestations de rue) ou extérieures, l’ancienne dictature bouge et s’approprie certains mécanismes de la démocratie. La démocrature tolère alors le multipartisme mais a recours à la répression et à la violence militaire comme moyens de régulation politique » ( cf[3]Yao Assogba, Sortir l’Afrique du gouffre de l’histoire, PUL, 2004.). La démocrature, c'est la mise en scène de la démocratie, le détournement de ses procédures au profit de logiques tyranniques et négatrices des droits humains.

Cela a très bien fonctionné au Togo. En février 2005, suivant de très près l’annonce de la mort d’Eyadéma, une cérémonie est retransmise à la télévision togolaise : les principaux officiers de l’armée nationale sont filmés prêtant allégeance au tyran qu'ils viennent de désigner, Faure Gnassingbé. Cette première mise en scène est contre-productive : elle provoque un concert international de protestations de la part de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et des chefs d'Etat africains et européens. Ces réactions imposent le déploiement d'une stratégie plus subtile de la part des partisans du clan Eyadéma, qui ne perdent cependant leur objectif de vue à aucun instant.

Le premier acte de la nouvelle mise en scène est la modification du règlement interne de l’Assemblée togolaise. Il s'agit de permettre à Faure Gnassingbé de démissionner de son poste de ministre, de redevenir député, et d’être nommé Président de l’Assemblée. Une fois établi dans cette fonction, il devient Président par intérim pour parer à la vacance du pouvoir, comme le prescrit la Constitution. Le texte constitutionnel est par ailleurs réformé en toute illégalité, ouvrant la voie à un  affermissement de la position du nouveau despote en mettant en place les conditions d'élections truquées. Le mode de détermination du corps électoral est ainsi fortement altéré. Comme le souligne l'association Survie, l'exécutif français a très largement favorisé l'élaboration de ces solutions techniques qui ménagent les procédures de la démocratie tout en violant ses fondamentaux.

Le théâtre n'empêche pas le recours à la répression et à la fraude. Elles font intégralement partie des dispositions déployées par les ordonnateurs de cette mauvaise représentation. Lors de la consultation électorale, il y a bien des bureaux de vote, des urnes, des listes de votants… mais ils coexistent avec les fausses cartes d’identité, la falsification  des listes d'électeurs et les militaires aux aguets ( cf[4]Selon le rapport publié dans "Avril 2005 – Le choix volé des Togolais", on constate : l’« impossibilité pour la grande majorité de jeunes ayant récemment accédé au statut d’électeurs de s’inscrire sur les listes électorales » ; la mise hors-service des systèmes permettant la collecte des informations relatives au déroulement et aux résultats du vote à partir de six heures du soir ; la mise hors-service des réseaux téléphoniques nationaux (Togo Télécel et le réseau de lignes fixes) à partir de six heures du soir ; le recours aux urnes bourrées quand elles ne sont pas détruites.). Les personnes à même de témoigner  des manipulations et des violences sont nombreuses. En dehors du peuple Togolais, réduit au silence, des journalistes, des membres d'ONG et des fonctionnaires internationaux voient et entendent. Les exactions des militaires et de la police sont filmées. Elles sont également détaillées par la Ligue Togolaise des Droits Humains : brutale répression des manifestations ; intrusions de l’armée et des policiers dans les bureaux de vote à leur clôture. Les Forces Armées Togolaises (FAT) font usage « de gourdins cloutés, de crosses de fusil, de cordelettes » ; elles violentent « non seulement les membres des bureaux de vote mais aussi tous les citoyens présents sur les lieux ». Des tirs à balles réelles sont constatés ( cf[5]Cf. Survie (coordination de l’ouvrage), "Avril 2005 – Le choix volé des Togolais", L’Harmattan, 2005.).

Une fois les résultats de la consultation en trompe l'oeil proclamés, le « ballet diplomatique » vient parachever la mascarade. La CEDEAO emprunte une voie conciliante et salue la nouvelle présidence. L’Union Européenne, dont l’un des diplomates a pourtant confirmé le caractère inacceptable et extrêmement violent du déroulé des opérations électorales, se soumet aux pressions de la France. La Communauté internationale, emmenée par la "patrie des droits de l'homme", se félicite in fine du succès de la consultation.

L’objectif de la théâtralisation n’aura donc pas été de faire disparaître la réalité de la répression, du coup d’Etat électoral, des morts; il y a trop de témoins impartiaux. Cette théâtralisation est une diversion. Alors que la réalité du crime est criante, hurle aux oreilles un tant soit peu attentives, les cérémonies, les prestations de serments, les accolades, amollissent les consciences, trouvent à les distraire. On ne peut que conclure que si le procédé fonctionne aussi bien, c’est qu’il y a une vraie demande pour organiser l'aveuglement.

En tout état de cause, on souhaite ici compléter la définition de la démocrature présentée plus haut, en en changeant un mot. On parlerait à propos de ce régime politique pervers non pas « d’une dominance de la dictature », mais de son écrasant triomphe. La démocratie ne saurait coexister avec la dictature. C’est bien la dictature qui prend, avec la démocrature, le masque atrocement déformé de procédures démocratiques tronquées. La démocratie ne se résume en effet pas aux techniques et au décorum qui lui permettent de vivre. Dans le cadre de la démocrature, ceux-ci ne deviennent qu’un outil du tyran, un outil puissant en même temps que son talon d’Achille. Le revers de la médaille de la sanglante mascarade est le dévoilement au grand jour de l’existence d’une opposition, fût-elle strictement encadrée, fût-elle réprimée. Recourir aux élections truquées, c’est aussi ouvrir la boîte de Pandore.

Lignage démocratique, lignage tyrannique

Le Togo et la dictature, c’est malheureusement une histoire ancienne. Elle est reconduite en avril 2005, et l’histoire dictatoriale de ce peuple s’alourdit d’un passif dynastique. C'est en grande partie à la France que les Togolais doivent cette détestable situation. La nouvelle "République autonome" du Togo connaît dès la fin des années 50 ses premières élections et ses premières manipulations électorales... Une figure politique togolaise se distingue à cette époque, celle de Sylvanus Olympio. Bénéficiant du soutien de son peuple, il est élu en 1961 à la présidence de la République, malgré les dispositions prises par Paris. Il est assassiné en 1963 par le sergent-chef Eyadéma qui bénéficie de l’appui de la France. Sylvanus Olympio a un fils, Gilchrist Olympio, qui portera à son tour le flambeau de la démocratie face à Eyadéma, au pouvoir depuis 1967. C'est le fils du tyran, Faure, qui bénéficiera pourtant de l'aide de l'exécutif français en 2005, pour s'installer au pouvoir. Contrairement à son père, Gilchrist échappe en 1992 à la tentative de meurtre qui vise à éliminer en lui le défenseur des droits des Togolais et de la démocratie ( cf[6]Ce n'est pas le cas de Tavio Amoro, leader du parti socialiste panafricain assassiné un peu plus tard dans l'année.).

Eyadéma a toujours régné à l’aide de ses proches. Il a mis en place les conditions de l’émergence d’une dynastie dictatoriale. Lors des élections truquées procédant de la démocrature, en 1998, en 2003, et en 2005, le clan dictatorial s’oppose aux descendants de Sylvanus Olympio, héritiers de son combat. En 1998, les élections présidentielles auraient dû voir la victoire de Gilchrist Olympio; Eyadéma est déclaré vainqueur à sa place. En 2003, le despote est à nouveau candidat à sa propre succession et empêche, cette fois-ci, Gilchrist Olympio de se présenter en invoquant une clause de résidence. L’association Survie lance à cette occasion une campagne pour dénoncer, en France, la mascarade électorale; en vain.

La France aura favorisé au Togo l'émergence d'une dynastie dictatoriale.
 

Une politique étrangère décidée à l'abri du contrôle du peuple

En 2003, la campagne lancée par l’association Survie :  "France – Togo, pour une politique respectueuse des peuples", ne peut venir à bout des sympathies de Jacques Chirac et de son entourage pour le clan Eyadéma. Cette association rappelle pourtant les valeurs que les citoyens français ont souhaité mettre au principe même de toute action politique de la France sur son territoire et à l’international. Par cette défense des droits fondamentaux, Survie se fait en 2005 meilleure garante de la Constitution française que ne l'est le Président de la République. Celui-ci a semble-t'il décidé que l'affirmation de la politique étrangère comme « pré-carré » du chef de l’Etat lui donnait toute latitude pour s’asseoir sur le respect du préambule de la Constitution de la Vème République.

Malgré la pertinence de cette campagne associative, le pouvoir français refuse d'adopter une conduite plus appropriée au Togo. Bien sûr, le diplomate consent aux déclarations d’usage et proteste de sa fidélité à la démocratie. Dominique de Villepin déclare ainsi qu’il est « important que dans les prochaines échéances électorales togolaises, le jeu démocratique soit pleinement respecté ». Certes. Mais le Ministre des affaires étrangères entérine dans sa réponse suivante le refus du tyran de permettre à l'opposant démocrate Gilchrist Olympio de se présenter; un blanc-seing est offert au dictateur ( cf[7]Cf. Entretien du Ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin avec RFI, Paris, 6 janvier 2003 : « Q - Vous parliez d'intolérance à propos de la Côte d'Ivoire, il y a au Togo aujourd'hui comme en Côte d'Ivoire il y a deux ans, une réforme constitutionnelle qui vient d'être adoptée pour exclure le principal opposant de la prochaine présidentielle, comment réagissez-vous ? R - Notre souhait c'est que la démocratie puisse fonctionner pleinement en Afrique, des progrès ont été faits au cours des dernières années et il est important que dans chaque Etat, le jeu démocratique puisse fonctionner pleinement et que dans les prochaines échéances togolaises, le jeu démocratique soit pleinement appliqué. Q - Vous souhaitez que Gilchrist Olympio puisse se présenter ? R - Nous souhaitons que sur le plan démocratique, les mesures soient prises pour permettre à cette démocratie de fonctionner dans les meilleures conditions. Q - Le président Eyadema avait promis à Jacques Chirac il y a quatre ans qu'il ne se représenterait pas. Or, ça y est, avec cette réforme la voie est libre pour qu'il puisse se représenter, votre réaction ? R - Nous attendons que les décisions soient prises et le moment venu, nous prononcerons ce que nous avons à dire ».).

La 24ème conférence réunissant le chef de l’Etat français et les chefs d’Etat africains, qui se tient au Carlton à Cannes les 15 et 16 février 2007, parachève cette sinistre comédie. Malgré le prestige du cadre et le rang des personnes présentes, on est davantage tentée de parler de « Conférence du fond du gouffre » que de « Conférence au sommet ». Faure Gnassingbé est invité, et donc présent, en compagnie d’autres tenants de la tyrannie. Cet événement en très grande pompe, où le tapis rouge est déroulé pour les souliers de celui dont les mains sont trempées de sang (on ne veut penser le rouge qu’aux pieds et sur tapis), est une parfaite illustration des relations franco-togolaises. Il souligne encore une fois l’importance de la théâtralisation de ces relations. Il est d'ailleurs remarquable que la mascarade ne se déroule pas uniquement sur le territoire togolais. Nous devons aussi la souffrir sur le territoire français. Il y a là un continuum du Togo à la France (et vice-versa) dont les citoyens devraient s’inquiéter.

Lors du "sommet", le Président Chirac donne l’accolade au Président Faure Gnassingbé, dictateur et fils de dictateur. Il le nimbe ainsi de respectabilité. Le tyran est adoubé par celui qui est censé représenter l’antithèse de la dictature : le démocrate, le Président élu au suffrage universel. Ce dernier démontre que la démocratie représentative française est plus qu’imparfaite, qu’elle garde ses zones d’ombres. C’est abaisser le fruit de luttes politiques essentielles, en France et ailleurs, que de tolérer tel scandale. Donner de la crédibilité démocratique et humaniste au tyran pour qu’il s’en pare, c’est affaiblir terriblement la démocratie en France ; et c’est piétiner les droits humains ; c’est donner les moyens au dictateur de continuer à assassiner son peuple. Tout cela pour un bénéfice nul, en dehors de celui du clan Eyadéma et de quelques-uns de ses partenaires à très courte vue. 

Le geste est efficace. Jacques Chirac sculpte sa statue de « Président Africain » avant son départ. Faure Gnassingbé passe pour un homme de bonne volonté.

1 L’association Survie a coordonné l’ouvrage Avril 2005 – Le choix volé des Togolais, paru en 2005 chez L’Harmattan. Le présent article s’est, pour certaines parties, largement inspirée de ce document, particulièrement bien documenté et éclairant.


2 Discours de l’Ambassadeur de France au Togo, Son Excellence M. Alain Holleville, "Discours du 14 juillet 2006"


3 Yao Assogba, Sortir l’Afrique du gouffre de l’histoire, PUL, 2004.


4 Selon le rapport publié dans "Avril 2005 – Le choix volé des Togolais", on constate : l’« impossibilité pour la grande majorité de jeunes ayant récemment accédé au statut d’électeurs de s’inscrire sur les listes électorales » ; la mise hors-service des systèmes permettant la collecte des informations relatives au déroulement et aux résultats du vote à partir de six heures du soir ; la mise hors-service des réseaux téléphoniques nationaux (Togo Télécel et le réseau de lignes fixes) à partir de six heures du soir ; le recours aux urnes bourrées quand elles ne sont pas détruites.


5 Cf. Survie (coordination de l’ouvrage), "Avril 2005 – Le choix volé des Togolais", L’Harmattan, 2005.


6 Ce n'est pas le cas de Tavio Amoro, leader du parti socialiste panafricain assassiné un peu plus tard dans l'année.


7 Cf. Entretien du Ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin avec RFI, Paris, 6 janvier 2003 : « Q - Vous parliez d'intolérance à propos de la Côte d'Ivoire, il y a au Togo aujourd'hui comme en Côte d'Ivoire il y a deux ans, une réforme constitutionnelle qui vient d'être adoptée pour exclure le principal opposant de la prochaine présidentielle, comment réagissez-vous ? R - Notre souhait c'est que la démocratie puisse fonctionner pleinement en Afrique, des progrès ont été faits au cours des dernières années et il est important que dans chaque Etat, le jeu démocratique puisse fonctionner pleinement et que dans les prochaines échéances togolaises, le jeu démocratique soit pleinement appliqué. Q - Vous souhaitez que Gilchrist Olympio puisse se présenter ? R - Nous souhaitons que sur le plan démocratique, les mesures soient prises pour permettre à cette démocratie de fonctionner dans les meilleures conditions. Q - Le président Eyadema avait promis à Jacques Chirac il y a quatre ans qu'il ne se représenterait pas. Or, ça y est, avec cette réforme la voie est libre pour qu'il puisse se représenter, votre réaction ? R - Nous attendons que les décisions soient prises et le moment venu, nous prononcerons ce que nous avons à dire 



jeu, 05/14/2009 - 17:53